Ma lettre au Président

Ma lettre au Président
Monsieur le Président,
Avec tout le respect que je dois à votre fonction
Je vous demanderais un peu d'attention
Je me présente à vous en tant que citoyen,
Sain de corps et d'esprit, en pleine possession de mes moyens
À l'heure où je vous parle, dans le pays le couvre-feu résonne
Je fais appel à l'article 19 de la déclaration des droits de l'homme
Sans étiquette, je ne jugerai que vos actes
D'avance veuillez recevoir mes excuses les plus plates

Monsieur le Président,
Je vous fais part de ma grande indignation
Face aux événements, comprenez ma position
Je suis français, ai grandi dans les quartiers populaires
Mes grands-parents ont défendu ce pays pendant la guerre
Mes parents eux aussi l'ont reconstruite cette république
Rappelez vous ces ouvriers qu'on a fait venir d'Afrique
Et Leurs enfants ignorés par le droit du sol
Citoyens de seconde zone, de la naissance à l'école
J'accuse trente ans de racisme et d'ignorance
La répression sans prévention en France
J'accuse votre politique, vos méthodes archaïques
La centralisation, la défense unique de la loi du fric
Au lieu de rassembler car tous français,
Vous n'avez fait que diviser, laissant l' extrême droite avancer.
Monsieur le Président,
Ne le prenez pas comme une offense,
Mais moi aussi je crois en la démocratie de France
Je crois en la république, la vraie
Car c'est le rêve du peuple et des opprimés
Colonisation, chômage, et précarité
Ont engendré violence, inégalités
La Discrimination, à l'embauche, à l'emploi, cela va sans dire
Provoque la fuite des cerveaux, laisse une jeunesse sans avenir
Est-ce un hasard si votre ministre séduit l'extrême droite ?
Ces gens qui auraient livré la France sans jamais combattre
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre, une lettre que vous lirez peut-être
Monsieur le Président, je vous écris une lettre
Dans les rues, la sixième république vient de naître

Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Je me présente à vous, pacifiquement
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Ma lettre au président
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
Peut-être ferez-vous preuve de compréhension
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre démission

Monsieur le Président
Tout ne peut être de votre seul chef
Je le comprends même si je formule mes griefs
Votre gouvernement plonge le pays dans le chaos
Incapable de discernement, incapable de vents nouveaux
Le peuple a besoin de solutions, non de mensonges
« Liberté, égalité, fraternité » n'est pas un songe
Incapables de protéger nos policiers, nos enfants
D'un affrontement qui restera sans précédent
nous sommes l'avenir, en notre c½ur le plus beau des rêves
pacifiquement, la sixième république en est la sève
la république a besoin d'un nouveau vent
celui de l'espoir, du c½ur, un vent plus tolérent
monsieur le président,
votre ministre instaure la terreur
Et l'histoire dira bientôt que ce fut une erreur
Où est passé cet humanisme qui a fait la grandeur de ce pays ?
Est-il dans la rue ou dans ces treillis ?
le peuple d'en bas ne veut pas d'école en apprentissage
mais plus d'égalité de chance et plus de partage
Monsieur le Président de la peur découle la haine
Les luttes politiques sont loin des valeurs républicaines
La France est un idéal qu'il faut sans cesse bâtir
Dans l'honnêteté, la transparence, l'altruisme et dans l'avenir
Marchons, marchons, vive la France oui,
Mais dans la paix et le respect des différences
Monsieur comment aurait on pu faire mieux il aurait déjà fallu moins attiser le feu
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république est en train de naître

Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Je me présente à vous, pacifiquement
Monsieur le Président,
Je vous écris une lettre
Ma lettre au président
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
Peut-être ferez-vous preuve de compréhension
Monsieur le Président
Je vous écris une lettre
La sixième république attend votre démission

Monsieur le Président
Vous remerciant de votre attention
Veuillez agréer mes sentiments les plus distingués.

Adieu.

En ecoute sur le skyblog Officiel d'AXIOM
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# Posté le lundi 23 octobre 2006 03:23

MENTAL KOMBAT Interview du groupe d'AXIOM

MENTAL KOMBAT Interview du groupe d'AXIOM
OUT SUR MENTAL KOMBAT !

Rencontre avec MENTAL KOMBAT

Édouard Pignon, l'un des plus grands peintres français du XXe siècle, déclarait que ce qui distingue un grand artiste des autres, est la quantité d'énergie qu'il est capable de cristalliser dans ses toiles, énergie qui ainsi lui survivra au-delà des siècles. Cela peut sembler un peu inhabituel de commencer un article sur un groupe de rap en citant Édouard Pignon mais si l'on suit cette définition, Axiom, leader du groupe Mental Kombat, est bien un grand artiste car il concentre dans ses textes mais aussi et surtout dans tout son être, une telle quantité d'énergie qu'elle en est explosive. Cette énergie fait de lui un être incontrôlable, en perpétuel mouvement, un félin qui, lorsqu'on le croise dans les rues de Lille, semble revenir d'un combat inachevé, un monstre de paroles enchaînées comme autant de démonstrations. Il est peu de dire qu'Axiom fascine ou inquiète au choix.

Capturer la bête pendant quelques heures
Dans tous les cas, il était grand temps de s'intéresser à lui mais aussi bien sûr à Mental Kombat, son groupe ou plutôt collectif qui compte dans toute la région un réseau impressionnant de fans et de fidèles. Pourtant rien à faire. L'information qui circule sur Mental Kombat est belle, car écrite comme un texte de hip-hop, mais un peu frustrante quant au fonds. Il nous fallait donc, si j'ose dire, capturer la bête pendant quelques heures au moins pour aller au fond des choses. Rude challenge mais Emma, manager du groupe et spécialiste es relations presse, s'en est chargée pour nous. Ce vendredi à 10 h, nous attendons donc Axiom, calé dans son salon en compagnie de Kaméa, le petit frère d'Axiom, 23 ans, second MC (Master of Ceremony) du groupe et de ZPO, spécialiste du son. Emma nous annonce qu'Axiom a un empêchement et qu'il ne viendra pas. Zut. Mais Kaméa, lui, est bien là et comme Mental Kombat est une affaire de famille, il coupe son cerveau en deux et se prépare pour l'interview. Signalons juste que lorsqu'on a un frère comme Axiom qui est une kalachnikov du verbe, on aurait plutôt tendance à rester dans l'ombre et une interview à bâtons rompus avec un type qu'on n'a jamais vu, peut avoir quelque chose de déstabilisant. Il n'en fut rien. Kaméa après une petite mise en jambes, fit revivre la saga familiale avec un certain panache.

Premier groupe : ARM
Tout a commencé un certain jour de 1987 dans le quartier Belfort qui est à Lille ce que le quartier Nord est à Marseille. Axiom, qui n'avait alors que 12 ans, crée le groupe ARM pour Action Rebel Message, le A signifiant aussi à l'occasion Arme. Nous sommes quatre ans avant la sortie du premier album de NTM, Authentik, soit autant dire dans la proto-histoire du rap français. Et pourtant les choses bougent déjà énormément à Lille. Le rap américain débarque en force au début des années 80 et le break dance fait des adeptes dans les cités. C'est par la danse que Axiom et Kaméa comme tant d'autres rentreront de plein pied dans le hip hop. ARM donc : "Axiom avait monté le groupe avec des gens du quartier. Moi je tournais autour mais je n'en faisais pas partie. ARM, c'était déjà la thématique de l'engagement. Le début du rap conscient, dire ce que tu as à dire en étant vrai et surtout en ne disant pas n'importe quoi".

Le jeu de l'argumentation
"Axiom était un bon élève, il était même super fort, il avait un état de pensée philosophique si on peut dire. Il a beaucoup lu, appris et digéré. Vraiment c'était un tueur à l'école. Et même en sport, en foot notamment. Mais à 15 ans, un prof lui a fait des misères. Il a quand même eu le bac et fait deux ans de fac. Puis pendant 3 ou 4 ans, il s'est cultivé à fond, il a lu tout ce qui lui tombait sous la main, romans, philosophes, histoire, des trucs d'analyse et aussi de la bande dessinée ! Il avait même mis au point un jeu de l'argumentation pour travailler son éloquence. Il fallait réfléchir sur un sujet, développer une thèse puis son antithèse et enfin construire une synthèse. Pouvoir développer un point de vue mais être capable de tout critiquer en regardant la réalité avec d'autres prismes. Ma grande s½ur aussi est forte. Moi, je suis un gamin normal, un gamin du quartier".

Second groupe : Rebel Intellect
Les deux frères sont fascinés par le hip hop et l'amour du mot scandé, "mais on écoutait aussi bien Brassens que de la soul. Puis on a commencé à faire les MC (Master of Ceremony), à parler simplement et à faire des rimes. À cette époque, l'ambiance du quartier était plutôt dure. Tout le monde faisait du rap. J'ai commencé à rapper à 8 ans juste quand Hicham a fondé ARM à 12 ans. Tony aussi a été dans le son tout de suite.", poursuit Kaméa. ARM a tenu quatre ans. Puis fin 1990, Hicham crée un nouveau groupe : Rebel Intellect. "Moi, j'étais de petite taille, menu, je n'avais pas la carrure d'un MC. Je suivais Axiom partout. Je le collais. J'assistais à toutes les réunions de son groupe. Avec Axiom, il fallait pas tout mélanger. Fallait pas déteindre par rapport aux autres".

" Je donne toujours le micro à celui qui le veut "
"Hicham, un jour, est venu me voir rapper. Je répétais depuis des années mais personne ne m'avait jamais vu, je ne m'étais jamais produit en public. Je rappais plus virulent que les autres dans un style plus east coast (côte est des État-Unis : ndlr). Ça claquait, c'était plus dynamique, j'avais plus la rage. Quand Axiom a vu ça, on a commencé à rapper ensemble. Vu ma taille, les autres MCs se disaient : Mais qu'est ce qu'il veut lui ? En souvenir de cette époque, je donne toujours le micro à celui qui le veut. Ça m'a ouvert l'esprit et en plus je n'oublierai jamais que c'est une fille qui m'a appris à parler, chanter, qui a su me parler pour me faire avancer..."

Une scène de rap underground à Lille au début des années 80
"Le rap se développait très fortement à Lille, notamment dans les quartiers de la porte des Postes et de Belfort, et à Villeneuve-d'Ascq avec de grands DJs, des mecs immenses que personne ne connaissait encore à l'époque. Quand je pense à tous ces types qui avaient un talent extraordinaire et qui avaient un mal fou pour trouver des endroits où jouer. Je te parle de l'époque où Assassin et NTM étaient encore ensemble. Le mouvement est donc resté underground. Et c'est peut-être pour ça qu'un groupe de rap de Lille n'a jamais percé sur le plan national. Tu avais nulle part où rapper, c'était très difficile. Ces groupes de rap pleins de talent, ces types doués pour l'écriture, aujourd'hui ils zonent dans le quartier. Certains ont pété un câble définitivement à force de ne pas être reconnus..."

Premier album : "L'Arrêt public"
"Le rap a beaucoup évolué ces dernières années. Ce que tu peux entendre sur Skyrock par exemple, c'est pas du rap. Le rap c'est fait par le quartier et pour lui. Et c'est normal. Les gars se posent là et ils toastent. C'est une musique d'immigrés sans moyens, sans instruments. C'est une musique d'immigrés, même s'il y a des blancs. Le rap vient des quartiers, de la soul, du funk. C'est la musique des maghrébins, les blacks leur musique c'est plus le zouk, je veux dire la France antillaise. Il y a des blancs qui sont comme des maghrébins, on ne voit plus qu'il sont blancs".
Mental Kombat, enfin, en 1996 succède à Rebel Intellect. Les deux frères sont les piliers du groupe où passent le temps d'un morceau ou d'un album, quantité de MC. "L'Arrêt public" sort en 1999 et s'écoule à 6 000 exemplaires. Les textes sont ciselés et intelligents et surprennent car ils tranchent avec la mode du rap facile et prêt à consommer. Pour le côté revendicatif, on évoque souvent Assassin.

" Vous devez percer là où nous avons échoué "
Mental Kombat saute une marche et multiplie les premières parties avec tout ce qui compte sur la scène française : Assassin bien sûr, The Roots, Urban Dance Squad, IV My People, Oxmo Puccino, 3e ¼il, la Rumeur, Cut Killer. Puis le groupe part en tournée en Suède... "Mental Kombat, ce n'est pas un groupe, c'est une façon de penser. Tu y arrives progressivement, c'est une façon de voir les choses. Chacun vient avec ce qu'il est et puis ça se fait. Par contre ce qui pèse de manière très forte c'est qu'Axiom et moi avons une responsabilité par rapport à nos amis, à nos parents, aux gosses qui nous regardent et aussi par rapport aux anciens qui disent "Vous devez réussir, là où nous avons échoué, vous devez percer pour le quartier". C'est une énorme pression. Si j'échoue, je ne pourrai plus jamais marcher la tête haute. Je me taille du quartier, de Lille, si MK ne perce pas. Là je suis en mission, il faut que nous réussissions..."

Axiom et les grilles d'analyse
On sonne. C'est Hicham qui s'est finalement débrouillé pour venir. Comme Kaméa et comme ZPO, il porte un sweet graffé à son nom. Le félin Axiom, grand sourire, charmeur, se déplie dans la pièce. Kaméa tire sa révérence et passe le micro à son grand frère. Je fais un rapide résumé de la longue épopée que Kaméa vient de narrer. Axiom approuve de la tête pour ARM, Belfort, 1987, Rebel Intellect... Puis tout de suite je lui demande de m'expliquer son obsession des grilles d'analyse évoquées précédemment par Kaméa. C'est parti, Axiom enchaîne les mots si vite que mon pauvre feutre a du mal à tout fixer sur les pages blanches : "J'utilise les grilles d'analyse parce que j'observe le langage français et les différentes façons de l'utiliser. Je cherche à examiner une logique, à voir comment elle fonctionne pour pouvoir ensuite m'y opposer. Je te prends un exemple. Ce qui est déstabilisant pour un homme politique, c'est d'entendre un mec des cités utiliser un français châtié. Le type se dira "Je ne risque rien, c'est un garçon bien élevé". Et puis tout d'un coup, pendant qu'il essaie de m'enfumer avec ces théories bidon, je m'arrête et je me mets à l'insulter en retrouvant le langage des cités. Le type est perdu, il ne comprend plus ce qui lui arrive, j'ai brouillé les codes".

Un combat mental
Hicham s'est envoyé les philosophes, l'histoire et tout ce qui constitue la culture générale, non pas pour le plaisir de l'accumulation comme le fait généralement le brave étudiant, mais pour en faire une arme contre la classe dominante. C'est tout le principe du combat mental si j'ose dire. En étudiant étroitement la façon dont le capitalisme utilise le langage pour en faire un instrument de domination, Hicham met son micro dans l'engrenage et essaie de prendre les dominants à leur propre jeu. Il lit les sociologues, a même des connaissances à Sciences Po (qui est, rappelons-le, la fabrique par excellence des élites), tout ceci dans le but de décrypter la grille d'analyse de ceux qui ont les fesses au chaud. Comme un vrai combattant, il a compris qu'il fallait, comme le saumon, savoir sortir du quartier, s'éloigner de sa rivière d'origine, pour mieux appréhender le monde extérieur. Lui qui se décrivait comme "apolitique" est même allé voir les LCR. "J'ai construit ma propre expérience. Pourtant je suis pour la libre entreprise mais dans une logique différente de ce que propose le capitalisme." On l'aura compris à 27 ans, Hicham comme l'apprenti Jeidi qui combat la force obscure, vient de finir sa formation.

Créer sa propre entreprise
Et maintenant ? "Aujourd'hui on structure Mental Kombat pour que ça marche. À 27 ans, je suis plus dur, plus acerbe. Avant j'allais vers tout le monde, là je me recentre. En fait, là mon rêve en ce moment, ça serait de monter une SARL, une SARL Mental Kombat, de produire des biens et de créer des emplois, de dégager des bénéfices pour ma communauté. Ça serait aussi de créer un parti politique qui défende les intérêts de ceux qui vivent dans mon quartier. L'argent il y en a partout. Moi je les ai vus les gars dans les grosses boîtes, et je l'ai dit à Kaméa. Ces gars n'ont rien de plus que nous et des fois ils sont moins bien que nous. Des fois j'aurai envie de leur donner des conseils pour qu'ils gagnent plus d'argent... J'ai fait ce stage pour apprendre à monter une SARL. Ce dont je me suis aperçu c'est que la plupart des gars aux commandes des boîtes sont des bouffons, la seule différence avec nous c'est qu'ils ont des moyens, de l'argent, Moi, en créant Kafard production SARL, je veux que les choses avancent mais il ne faut pas rêver, je ne suis pas là pour assurer le salaire de tout le monde. Il ne s'agira pas d'attendre d'être payé et point final. Chacun doit se prendre en main pour développer l'activité de la boîte et se payer avec".

Garder le tranchant de l'écriture
La lutte pour y parvenir est longue reconnaît Axiom. "Toute une population n'a plus de valeurs. Tout ça doit commencer à l'école. Ça commence par le fait d'avoir un bon prof qui te donne envie d'étudier et puis c'est l'effet Pygmalion. Mais là on n'a pas du tout ça. Il n'y a pas de solutions, alors on croit au prophète. Dans l'histoire de l'humanité, ça a toujours existé. Avec les outils technologiques, la misère est relativisée. Mais dans sa façon de fonctionner, le système est toujours tourné vers l'argent et la domination. C'est toujours l'ère de Cro-Magnon. Or tu ne te battras pas contre Goliath avec des cailloux comme David, c'est des légendes et tu ne te bats pas avec des légendes..". Selon Hicham, il faudrait donc s'organiser, se défendre pour mieux résister. Pourtant quand on aborde la production musicale, Axiom n'a pas le culte de l'auto-production : "Le combat des artistes pour l'indépendance, ça me gave. Tu sais, nous, on a fait de l'auto-production, on connaît ! C'est la galère. Ça veut dire mettre les pochettes de 3000 cd à la main. Notre maxi a été produit par nous de A à Z.
Si je fais de la musique c'est pour vendre des disques. Même chose pour la création. Il ne faut pas trop se prendre la tête. Réfléchir oui, mettre des semaines pour écrire oui mais ce qu'on remarque, c'est que lorsque le processus de création est trop long, on perd de la saveur, on perd le tranchant. Moi j'écris tout le temps, en attendant le bus, je peux écrire des bouquins. Hier, je me suis même mis à écrire un livre."

"Ça semblait si évident que Le Pen passe"
Puis Axiom le félin, sans prévenir, réattaque le sujet abandonné ci-dessus des grilles d'analyse. Le preneur de notes commence à perler sous l'effort. La machine est lancée. Il va falloir jouer serré pour jeter ses filets remplis de questions. "Pour revenir aux grilles d'analyse, je discutais avec les gars de la LCR qui m'expliquaient qu'il n'y avait plus de danger facho et que Le Pen était foutu. C'était en 2001, bien avant les élections. Je leur ai parlé des Gabbers et du retour des fachos dans la région. Il ne m'ont pas cru parce qu'il ne sont pas sur le terrain et qu'il n'ont jamais rencontré ces types. Résultat : Le Pen est allé au second tour. Le FN est un phénomène européen, profondément ancré, le vote est banalisé dans les quartiers. Moi ça ne m'a même pas choqué, tant ça semblait évident que Le Pen passe. Les types censés lutter contre le FN sont totalement dépassés par le terrain..."

"Dans l'affaire Ryad, on nous a dit : désolé mais on ne peut rien faire pour vous "
"J'étais à Paris avec des gars de SOS Racisme juste après l'affaire Ryad car je faisais partie d'une délégation. Avec nous, il y avait d'autres associations qui défendaient des trucs très personnels, des associations de Lille et de Dunkerque. Elles ont reçu plein d'argent, c'étaient des associations algériennes, des associations de musiques traditionnelles. Mais nous, on nous a dit que la police et l'État étaient impliqués dans cette affaire et que jamais, au grand jamais, on avait vu la police se faire sanctionner... alors désolé, mais vraiment on ne peut rien pour vous. Aux prochaines élections, le FN passera. Ça sera la fin de notre République ; toutes les Républiques ont fini comme ça victimes des extrêmes. Depuis 1944 et les accords de Bretton Woods, les Américains se sont repliés sur leur pays et ça a été le début du déséquilibre".

Le prix d'un jeune Français issu de l'immigration ? 5 grammes de teush !
Comment Mental Kombat a-t-il vécu le jugement rendu dans l'affaire Ryad (ndlr 6 mois avec sursis pour le policier) ? "Avec l'affaire Ryad, on a fixé le prix d'un jeune Français issu de l'immigration et élevé dans les écoles de la République. Il vaut 5 grammes de teush. Pas plus. Il n'y a donc aucune possibilité de promotion sociale pour les gamins des quartiers, pour les jeunes qui se retrouvent sans qualification. Le résultat c'est qu'on assiste au développement d'un formidable banditisme social. Les terroristes deviennent les héros dans les cités, Jacques Messrine, Ben Laden et Khaled Kelkal, c'est le tiercé gagnant et après on s'étonne. Comment voulez-vous demander à des jeunes d'être responsables dans ces conditions. Et pourtant ce sont eux qui vont devenir adultes ! La tension monte, ça va vraiment péter un jour". Kaméa semble fou de rage et il explique que "les avocats, les juges, les flics se liguent contre nous. Ce qui se passe dans nos têtes, c'est violent, on n'en peut plus des contrôles d'identité quotidiens alors que nous sommes des citoyens de la République. Ça monte, la cité va s'enflammer."

C'est quoi l'intégration ?
Hicham reprend le flambeau. Après on nous parle d'intégration. C'est quoi l'intégration ? On parle toujours d'intégration. C'est quoi l'intégration ? Une fille qui sort forcément avec un Français et qui boit de l'alcool, qui va aller en boîte et se brouiller avec ses parents, ça c'est de la désintégration pas de l'intégration. On pense que l'intégration a été faite parce que des Arabes vont danser sur de la new jack avec du fric en poche. Voilà dit-on ! En fait, c'est l'émergence d'une classe moyenne arabe alors que ces mecs représentent une infime partie de la jeunesse arabe et que l'énorme majorité continue à galérer dans les cités. L'école a été un espace de liberté pour les femmes. Mais on se rend compte d'une chose : il n'y a pas de places de dirigeants pour les enfants issus de l'immigration."

Deuxième album : " La Légende " sortie prévue au printemps 2003
"Aujourd'hui, dans le maxi sorti cette année et dans le deuxième album "la Légende" qui sortira au printemps 2003, on est peut-être moins virulent, plus carré. Chaque disque est une étape, le signe d'une évolution. Mais nous sommes plus négatifs, plus noirs. On y parle de perquisitions, d'avocats, de flics. Cet album est la somme de frustrations. Mais il est plus travaillé, certains morceaux sont plus ronds, roulent comme des titres tubes pour percer sur le national".
"En attendant, on va finir par monter nos boîtes. L'entreprise, c'est un vecteur social. Monter un business économique pour ne pas envoyer les gens autour de toi au casse-pipe. Il faut faire passer ce genre de messages : Aller à l'école, monter des boîtes pour vous, pour votre communauté. Ce sont des choses qui valorisent les gens. Ça équivaudrait à reprendre le principe de Négritude développé par Aimé Césaire."

Faire des conférences dans les universités comme KRS One
"Je voudrais faire comme KRS One (rappeur américain légendaire : ndlr), des conférences dans les universités, pour faire passer des messages, comme aujourd'hui pendant cette interview. C'est une histoire de revanche. Je voudrais pouvoir parler aux hommes politiques, leur parler, en vrai, aller à France 3 pour les rencontrer. Et alors là je démonterai pied à pied leur argumentaire bidon, je ne les louperai pas et en plus je les insulterai". "J'aimerais faire comme Zappatta où José Bové, le seul en France qui ose se révolter et se battre. Je veux pouvoir intégrer la critique des gars, en face de moi, la démonter et la broyer. Avec de l'argent, je monterai mon parti politique. Je ne péterai pas les plombs comme tant de gens quand ça leur arrive. En tout cas, je ne crois pas. Finalement peut-être que j'achèterai une île et basta... mais je ne crois pas."

Mental Kombat, d'abord un groupe de scène
Les paroles fusent et le journaliste se métamorphose en adepte du ping-pong mental, menacé d'ensevelissement sous les mots. Voici la fin de cette interview retranscrite de manière brute, et depuis un moment sans plus aucun effet de manche...
Kaméa : "La chance que nous avons, c'est d'avoir quelque chose de construit autour de nous. Mes parents, la famille, nos vies privées. Personne ne m'a jamais dit "Tu ne devrais pas faire ça". Au contraire, on m'a toujours encouragé énormément. Ma famille est derrière moi et c'est très important. Ça me permet de me libérer et de me concentrer à fond sur le rap."
Axiom : "J'écoute toutes sortes de musiques, chez moi, à la maison, pas beaucoup de rap pour ne pas m'influencer. Nous sommes d'abord un groupe de scène, le studio c'est bien mais ça t'endort. Nous, ce qu'on aime c'est foutre le feu sur scène".

"Mental Kombat, c'est trop DH !"
Axiom : "Ce qui fait chaud au c½ur, c'est que nous avons découvert que nous avons des fans qui nous soutiennent même pendant les périodes difficiles. Et puis même, si tu connais pas MK, c'est que t'es pas du coin".
Axiom : " Pour réussir, on n'est pas obligé de passer par Skyrock. Sky, d'ailleurs c'est fini. Ils passent de la soupe, en tout cas ce n'est pas du rap. D'autres radios montent sur le rap comme par exemple Fun radio".
Axiom : "Si ça ne marche pas ? Tant pis j'irai travailler."
Axiom : "On fait beaucoup de scène en ce moment, on travaille les visuels et le décor. Dans un concert, on essaie de distiller de l'énergie du début jusqu'à la fin. Il faut que les gens dansent, sautent. En Suède où nous avons fait une tournée, le rap est mis à l'honneur dans les festivals comme n'importe quelle musique. Alors qu'ici !"
Axiom : "Pour la sortie du deuxième album en février 2003, on va sortir la grosse artillerie, site Internet, clip, opérations de promotion. On a même lancé une nouvelle expression. C'est trop DH ! C'est la même chose que de dire c'est de la balle. Ca vient de Dänia Hänia qui signifie au Maroc la Paix dans le Monde. Il paraît qu'à Marseille, ils commencent à l'utiliser..."

Propos recueillis par B. Zehnder
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# Posté le lundi 23 octobre 2006 03:20